Articles à propos du tournage de "Demain, mon père"

Article publié dans La Semaine de Metz, Thionville, Moselle

Deux Messins se sont lancés, cet automne, dans la réalisation d’un court-métrage à Metz et Nancy. Intitulé « Demain mon père », le film raconte la quête d’un jeune homme pour retrouver son papa, à travers sa passion : la pêche.

Un père, un poisson, un film


La brume matinale ne s’est pas encore levée, ce vendredi 18 décembre que toute une troupe, armée de matériel de cinéma, s’affaire déjà aux abords d’un étang, à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Metz. Au bord de l’eau retentit un clap caractéristique, celui qui indique que le tournage d’une scène vient de débuter. Derrière la caméra, il y a Charles Fleurentin, pharmacien à Woippy. A ses côtés, son ami Jean-Baptiste Thomas observe les acteurs s’affairer autour d’un hameçon. Aujourd’hui a lieu le dernier jour de tournage de leur court-métrage, Demain mon père, dont ils sont tous deux réalisateurs et scénaristes. « Le film se centre sur Olivier, un jeune de 22 ans un peu paumé, explique Charles. Il apprend le décès de son père, une espèce de rustre qui ne parlait pas beaucoup. Comme il ne l’a jamais vraiment connu, il mène une quête d’identité à travers sa passion, qui était la pêche. Il rencontre une fille, Mathilde, férue de yoga et de bouddhisme, qui lui met dans la tête l’idée que son père s’est réincarné en poisson, particulièrement en perche. »

« Une grande ambition mais un petit budget »

Long d’une vingtaine de minutes, le film raconte cette quête du père et dépeint, en parallèle, « la rencontre de deux France qui ne se parlent pas : la France périphérique des villages, passionnée de nature, et le centre-ville ». C’est à Berlin, il y’a trois ans, que le premier jet du scénario est né dans l’esprit de Jean-Baptiste. « C’était aussi pour rendre hommage à mon père, qui lui est vivant. J’avais envie de créer un lien avec lui par le cinéma ; c’est une histoire qui me touche et qui a touché Charles aussi. Finalement, on s’y reconnait tous, on a tous des histoires de parents un peu compliquées. » Spirituel et « un peu perché », le court-métrage puise dans les inspirations de ses deux réalisateurs, entre Gaspar Noé et Terrence Malick, doublées de dialogues crus à la Michel Audiard ou Bruno Dumont. « On a des scènes de danse quasiment transcendantales, décrit Jean-Baptiste Thomas, où Olivier danse pour apprendre la gestuelle des poissons, pour communiquer avec son père. »

Le projet, produit par l’association messine, Arcane, rassemble une douzaine de personnes, dont la plupart sont professionnelles, en sortie d’école de cinéma. Une technicienne a travaillé avec Jean Pierre Jeunet ; un autre, François Calvier, collabore avec le Messin bien connu, Mamytwink. Tourné à Metz et Nancy, le film contient des scènes dans la cathédrale Saint-Etienne, dans les rues messines, et même dans le Mettis. Son équipe, quant à elle, est originaire du monde entier : Paris, Grenoble, Belgique… mais aussi Québec, Allemagne et Uruguay. « C’est un film qui a une grande ambition mais un petit budget détaille Charles Fleurentin. On a environ 5 000 euros et on est tous bénévoles. » Jean-Baptiste Thomas le rejoint : « On se rend compte que ce projet nous dépasse complètement, c’est au-delà de nos espérances. » L’équipe, qui devrait sortir le film au premier semestre 2021, espèce bien faire le tour des festivals et, pourquoi pas, organiser une avant-première au cinéma Klub de Metz.

Jean Vayssières
Tous droits La Semaine

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Journal du tournage : jour 1



La veille du premier jour de tournage, nous nous sommes tous retrouvés à Metz.
Après un test Covid pour tout le monde (évidemment), les réalisateurs ont pris à tour de rôle la parole pour nous souhaiter la bienvenue et nous annoncer les couleurs de l’expérience que nous nous apprêtions à vivre. Nous continuons la soirée en faisant connaissance les uns avec les autres, notre équipe étant composée de 12 personnes des quatre coins de la France et du Luxembourg.
Le lendemain, réveil à 7h-7h30, la première scène est tournée dans un café- bar très chaleureux à Metz (prêté par le propriétaire pour le tournage).
Pour cette première scène, l’équipe est au complet.
On commence par un déplacement de meubles afin d’avoir la place pour le matériel et la caméra.
Tout se déroule parfaitement bien, c’est le premier jour et on est tous hyper motivés et plein d’énergie.
Pour un plan où la rue est visible par la fenêtre, les 2 régisseurs (Gaspard et Marine), doivent aller dans la rue, pour arrêter les passants et éviter qu’ils rentrent dans le champ de la caméra. Un exercice délicat : comment faire ça gentiment, sans trop se prendre pour un agent de circulation et sans se faire totalement ignorer ou détester.
En plus, nous sommes 2 pour 3 voies de passage, le bar situé sur un angle. Il y avait 2 trottoirs à chaque fois, donc pas évident de scruter tout ça en même temps. On essaye des signes de loin, ce qui nous fait passer pour des fous ou alors on court à la rencontre des passants de bout en bout de la chaussée (ce qui leur fait parfois un peu peur). Chaque passant traversant la rue est un risque de gâcher le plan car ils ne résistent pas à leur curiosité et jettent inévitablement un regard dans le bar.
On a fini par essayer de leur dire simplement d’avancer sans regarder parce que ça tournait à l’intérieur et idem, impossible pour eux de résister à un petit coup d’œil vers la caméra.
Néanmoins, Metz n’étant pas New York, on finit par avoir un laps de temps où le plan se tourne sans perturbations.
On remballe tout rapidement et les équipes partent une à une pour les prochaines scènes.
D’abord les acteurs et les réalisateurs (pour se préparer, avoir le temps de se mettre dans le rôle et d’appréhender les lieux).
Ensuite l’équipe technique (avec une voiture pleine de matériels pour l’image, le son, la lumière, etc.).
En derniers, les régisseurs qui finissent de ranger, de remettre le bar en état, de remercier le propriétaire, et vérifier que rien n’a été oublié.
Départ pour la scène du bus.
Pour tourner cette scène, nous avons demandé l’autorisation au service transport de Metz.
D’abord, nous tournons une scène où Olivier (joué par Maxime Barkowski) sort du bus. Pour cela, lorsqu’un bus arrive à l’arrêt, Maxime monte dedans, et joue son rôle, c’est-à-dire redescendre. Au même moment, un membre de l’équipe s’empresse d’aller demander au chauffeur d’attendre un petit peu avant de repartir. Le premier essai est raté, on le refait plusieurs fois, donc on attend un autre bus etc. Finalement la scène est tournée et tout s’est bien passé.
Les choses se compliquent un peu lorsqu’il s’agit de tourner DANS le bus. Scène où Olivier, trouve à ses pieds un prospectus qui le guidera dans sa quête.
Tourner dans un bus … je ne sais pas pour vous mais moi j’imaginais un bus vide, garé ou sur le bord d’une route et surtout, à l’arrêt. Ensuite, s’il faut que le bus roule, eh bien l’informatique fera le travail !
En fait, pas du tout, l’idée est plus simple dans un sens mais en fait assez technique…
Pour tourner une scène dans un bus :
Montez dedans (alors qu’il est plein), achetez des tickets pour tout le monde, demandez à tous les passagers du fond de s’avancer devant (pour avoir la place de filmer) installez les figurants et acteurs, et préparez-vous à dompter la route.
Nous montons donc dans un bus plutôt bien rempli en équipe restreinte (réalisateurs, assistante réalisateurs, figurant, acteur, perchman, un régisseur et les 2 membres de l’équipe technique image).
D’abord, pour convaincre les passants de se déplacer, Jean Baptiste (réalisateur de "Demain, mon père") va déclarer qu’avec l’autorisation de la préfecture de Metz, nous allons tourner une scène et que nous avons besoin de place.
Cela se passe bien (surprenant) et tout le monde est conciliant. Jean Baptiste a quelque chose d’autoritaire finalement.
La difficulté apparait lorsque la caméra tourne. Nous sommes tombés sur le chauffeur de bus le moins doux de la région Grand Est. Entre virages serrés et coups de freins brutaux, on soupçonnerait presque une volonté de sabotage.
Pour que le cadreur et sa caméra ne se prennent pas de barres, de fenêtres ou de preneur de son, Gaspard le tient de poings fermes, en position de Cow-Boy en plein rodéo, et minimise au maximum les mouvements provoqués par les secousses du bus. Exercice très physique, tout le monde se retrouve à se tenir les uns aux autres car les 2 mains se retrouvent vite prises quand on tourne (la perche, la caméra, le script, le caméraman, le retour plateau, etc.). Finalement, après 5 chutes et chocs évités de justesse, la scène est dans la boite et nous sortons du bus avec pour certains, un mal de cœur/ mal de bus/ mal des transports assez sévères.
Nous finissons la journée avec une scène constituant le point final du court métrage (nous nous permettons donc de garder le suspens).
Elle se tourne en fin de journée/ début de soirée dans un appartement prêté par la propriétaire et tout se passe très bien.
Nous rentrons tous aux alentours de 23 heures, complètement lessivés.